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30.06.2005 I Article I A05-011
La crise de lUnion européenne
par Alexis Wautot, Secrétaire politique
La crise actuelle : prévisible et dangereuse
Les non français et néerlandais au projet de Constitution européenne viennent de plonger officiellement lUnion européenne(UE) dans la crise. En fait, cela faisait déjà un bon moment que le feu couvait, attisé par les difficultés économiques, une expansion géographique rapide et importante et surtout des objectifs divergents quant aux finalités ultimes de lUE. Si cette crise était prévisible, elle nen demeure pas moins dangereuse, le cur de la construction européenne ayant été atteint puisque les textes et principes fondateurs étaient partie constituantes du document soumis à lélectorat de nos voisins. Prétendre que nous revenons simplement au traité de Nice est donc juridiquement correct mais politiquement absurde. Un simple passage en revue de ce qui se trouve exposé permet de prendre conscience du problème :
> Leuro : il na pas fallu longtemps pour que des doutes sur la viabilité à moyen terme de la monnaie européenne. Si lon peut écarter les prises de positions parfois folkloriques de certains responsables politiques, il nen demeure pas mois que la monnaie unique na de sens économique et historique que dans le cadre dune intégration politique plus poussée. Il ny a pas dexemple dunion monétaire ayant résisté à des forces politiques centrifuges.
> La stabilité politique des marches de lUE : la perspective de ladhésion à lUE a été un instrument de politique étrangère extrêmement efficace pour assurer la transition des pays dEurope du sud puis dEurope centrale vers la démocratie. La remise en cause de la possibilité dadhésion aura donc des effets délétères dans les Balkans et éventuellement en Ukraine et en Turquie. Si le risque de conflit au cur de lUE est assez faible, celui de lafflux de réfugiés et dune déstabilisation de certains nouveaux membres pas.
> La relative dérégulation économique et surtout le désengagement des états de la sphère productive : nos économies ont besoin de dynamisme et dinnovation comme de pain. La perspective de revoir les administrations publiques assumer un rôle de production de biens et services marchands dans le cadre déconomies davantage refermées sur elles-mêmes est donc bien peu rassurant. Nous risquons de traîner de nombreuses année un modèle économique associant croissance molle, chômage de masse et protection sociale élevée mais coûteuse. Limplosion économique serait alors inévitablement au bout du chemin.
Si léclatement ou la remise en cause des fondements mêmes de lUE nest pas à lordre du jour, il faut garder à lesprit que le fonctionnement des institutions et lobservance des règles européennes reposent quasi exclusivement sur la bonne volonté des états membres et le magistère moral de lUnion. Or cest précisément ce magistère moral qui a volé en éclat ces dernières semaines, soumettant la bonne volonté des membres de lUE à une rude secousse. On pourrait donc aussi bien assister à un détricotage progressif de lUnion quà un sursaut réformateur salutaire comme celui quont connu les Etats-Unis après lirruption de Ross Perrot sur la scène politique américaine au début des années nonante.
Comment en est-on arrivé là ?
Tout simplement parce que les fédéralistes européens ont considéré quil en allait de lUE comme dune bicyclette, qui si elle navance pas, tombe. Les premières décennies ont vu des avancées, essentiellement économiques, considérables. Les vertus de louverture économique se sont fait sentir ainsi que la nécessité dunion en face de la menace soviétique et du défi économique américain puis japonais. Cest lorsque lUE a commencé à saventurer en dehors de léconomie que des tensions de plus en plus fortes sont apparues du fait de la pluralité des opinions politiques quant aux objectifs réels de lUE et de ce que de plus en plus daspects de la vie quotidienne ont été impactés par « Bruxelles ».
Nous étions déjà bien engagés dans le processus lorsque la constitution européenne a été impulsée par les fédéralistes européens qui ont considéré quil leur fallait absolument pousser en direction de plus dintégration politique avant que les 10 nouveaux entrants ne rendent lexercice impossible. Mais le timing et limportance donnée à un document assez aride et bourré de compromis souvent ambigus ont été très défavorables au projet. Lextension à 10 nouveaux membres aux économies fragiles et les perspectives de larrivée possible de la Turquie ont fait le reste.
Pour un parti comme le CDF qui reste partisan dune réelle union politique à léchelle du continent, il est important de tirer les leçons de limpasse actuelle et den identifier les causes pour ne pas répéter les mêmes erreurs.
Que préconise le CDF ?
Il nous faut dabord nous accorder sur notre objectif fondamental :
> Assurer une union politique et économique réelle et durable seule à même de nous permettre de créer les conditions du succès de nos pays et de leurs citoyens dans le monde actuel ainsi que de la diffusion de la démocratie, de la prospérité et des libertés à une part toujours croissante de lhumanité.
Le monde ne va pas attendre le bon vouloir dune série de pays dont le poids démographique et économique va en diminuant
Au niveau des principes, il faut que :
> Cette Union doit reposer sur le principe de subsidiarité et considérer la personne comme la pierre angulaire du vivre ensemble.
Tout ceci doit nous permettre dallier une économie innovante et productive, un dialogue social et politique riche et des administrations publiques efficaces. Ceci nous permettra également de sortir dun substrat culturel, alliant culte du moi et déresponsabilisation personnelle, qui nous conduit lentement mais sûrement à limpasse.
Et en pratique ?
Pour y arriver, nous devons éviter de retomber dans les travers dun passé récent :
- Nier la problématique des identités
- Vouloir voir lUE intervenir sur tous les sujets
- Faire semblant que les différentes visions de lévolution européenne seront dépassées par une synthèse à venir
Et donc :
> Si nous avons tant insisté pour que le préambule de la Constitution reconnaisse lapport du Christianisme dans lidée européenne, cest non seulement parce que cétait lévidence mais aussi parce quelle permettait de donner une ancre et une identité culturelle et philosophique au document. Les dirigeants, essentiellement belges et français, qui sy sont opposés ont été manifestement bien mal inspirés. Nier limpact de la culture et de la spiritualité ne conduit quà limpasse. Ceci ne doit ni nous surprendre ni nous effrayer car pour nous, Chrétiens démocrates, cela va naturellement de soi.
> Le cadre national reste le cadre référentiel premier pour beaucoup de citoyens européens et la politique nationale doit être réinvestie comme le lieur premier des réformes nécessaire à la création de richesses et au bon développement des personnes qui peuplent le continent. La valeur dexemple de ce qui marche est bien supérieure à une recommandation dun conseil des ministres européens
> Il faut réexaminer les politiques européennes dun il critique et dresser la liste de ce qui doit réellement être fait au niveau européen. Les institutions européennes nont pas une valeur ajoutée dans tous les domaines. Plus dEurope doit donc, paradoxalement, passer par moins dEurope. La qualité prime sur la qualité
> Continuer lintégration qualitative avec les pays qui le veulent. LEurope se définit avant tout par le projet européen de ses membres. LEurope des 6 du début noffre pas nécessairement ce cadre, du fait des hésitations néerlandaises et italiennes, de sa relative étroitesse et de la volonté française de lutiliser pour imposer ses propres vues. La zone Euro composées de 12 états membres ayant montré leur volonté de partager la même monnaie est un cadre plus prometteur car le groupe est relativement homogène et dispose dinstitutions spécifiques comme la Banque Centrale européenne. Une convergence plus importante à ce niveau devrait permettre de ne pas rester au milieu du gué politique et dadopter une architecture économique compatible avec le maintien dune monnaie unique, ce qui nest pas le cas actuellement.
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