CDF - Chrétiens Démocrates Francophones

ARTICLES


.2004 I Articles I A04/003
2004 - Le cdH perd son aile droite : clarification et recomposition du paysage politique ?


Analyse et implications pour le CDF, par Benoît Veldekens.

Depuis la rédaction de l’édito, une nouvelle donne est intervenue dans l’actualité politique. Un sénateur, deux députés et plusieurs mandataires politiques représentant l’aile droite du cdH – ou ce qu’il en restait !- ont décidé de rejoindre le Mouvement Réformateur. Raison invoquée : l’option préférentielle du cdH pour le pôle des gauches autour du PS.. Or la Wallonie et Bruxelles ont besoin d’une autre impulsion ! Il faut construire une alternative au socialisme dont l’emprise doit être combattue. Et rester au cdH, c’était renforcer encore cette emprise et aider le PS à devenir le maître absolu de l’échiquier politique francophone.

Pourquoi, se demanderont certains, Fournaux et ses amis n’ont-ils pas fait le choix du CDF ? Réponse : ils ont sans doute estimé que le MR offrait davantage de  perspectives personnelles et de leviers politiques pour poursuivre utilement leur combat ! Mais alors, que vont-ils faire : rallier le MCC, ou le PRL, ou encore  créer leur propre mouvement au sein du MR ? A l’heure où je vous écris, la formule n’est pas encore définie. Richard  Fournaux dit vouloir rester social-chrétien, le sénateur Luc Pâque parle de la création d’un mouvement autonome, Gérard Deprez est, semble-t-il, resté hors jeu. D’autres ralliements seraient annoncés.

Observons, à ce stade, que les forces ex-sociales chrétiennes sont aujourd’hui morcelées. Les dérives gauchisantes de l’ex-PSC et de l’actuel cdH, qui s’en prétend l’héritier en sont la cause principale, car elles ont fait fuir un électorat qui a massivement reporté ses suffrages sur les libéraux. Les chiffres en témoignent : pour la législature 1995-99, la « part de marché électorale » du PSC en Wallonie était de plus de 22 % et celle du PRL de 24 %, soit des scores assez proches. Aujourd’hui, cinq années après, le cdH est à 14 % (-8) et le MR à près de 32 % (+8). On peut s’émouvoir, crier à la trahison, dénoncer les traîtres, jouer aux donneurs de leçons, mais les faits sont là et ils sont plus forts : à jeu égal avec les libéraux en 1995-99, les ex-sociaux chrétiens n’en représentent même plus la moitié aujourd’hui ! Et qu’en sera-t-il dans cinq ans ? Or, ce sont ces dérives et ces mauvaises stratégies, et non l’existence du C dans le sigle, ni le fondement chrétien de la doctrine, qui sont les vraies causes de cet affaiblissement. Sans  elles, jamais le parti libéral ne serait devenu aussi fort. Et le comble a été atteint en mai 2002 lorsque, dans une dernière tentative de séduction, le PSC a été jusqu’à s’effacer en tant que parti chrétien, jusqu’à biffer son identité même ! Sans qu’en résulte d’ailleurs pour le cdH le moindre profit électoral !

Nous avons fondé le CDF à l’appui des éléments d’analyse qui précède. Pour deux raisons liées ! Tout d’abord, pour restaurer la place qui revient au C dans le paysage politique belge francophone et pour reconstruire, ici au cœur de cette Europe aux racines si profondément chrétiennes, un parti chrétien-démocrate crédible. Ensuite, en positionnant ce parti au centre-droit. Les exemples étrangers démontrent à suffisance que le C ne survit qu’à droite de  l’échiquier politique, parce qu’il est davantage « conservateur » de nos acquis culturels et de nos libertés, tout en se conciliant parfaitement avec des préoccupations sociales réelles, quoique non envisagées dans une optique gauchisante ou socialisante, forcément plus relativiste sur le plan des convictions.

Deux questions se posent à nous dans ce nouveau contexte politique/

1.

R. Fournaux et ses amis ne vont-ils pas engranger les dividendes du combat mené par le CDF ?

En dehors du C, le combat politique est exactement le même dans ses justifications. Il s’agit de développer un nouveau projet de société, fondé sur les valeurs inscrites dans notre tradition sociale-chrétienne, et de nature à offrir une alternative au socialisme et à redynamiser nos régions.. Sur le C, rappelons que R. Fournaux s’était abstenu lors du fameux Congrès du 18 mai 2002, estimant que c’étaient bien davantage les préférences systématiques de l’ex-PSC pour la gauche qui posaient problème que son identité chrétienne. Il n’avait pas tort. Aux élections de mai 2003, le MR engrangeait six sièges de plus à la Chambre alors que le cdH en perdait à nouveau deux (maintenant trois, passant de douze en 95-99 à sept aujourd’hui !). Plus d’un tiers des électeurs de l’ancien PSC ont en effet abandonné ce parti et ont voté pour le MR, hélas sans transiter par un CDF pourtant présent partout et particulièrement dynamique. Et qui reflétait au mieux leur sensibilité politique ! Mais l’argument du vote utile a été plus fort ! Nous devons nous interroger :ces électeurs ex-sociaux chrétiens passés au MR ne se sentiront-ils pas désormais confortés dans leur choix, et ne suivront-ils pas Fournaux en 2004 au préjudice du vote CDF ? Car si Fournaux-CDF, c’est le même combat mais dans des formules politiques différentes, il faudra trouver de bonnes raisons pour convaincre ces mêmes électeurs de faire un choix qui leur paraîtra moins porteur en termes de leviers d’action.
 
2.

*L’électeur va-t-il s’y retrouver dans ce contexte brouillé ?

Quatre formules différentes (CDF, mouvance Fournaux, MCC, résidu de centre-droit du cdH), et trois partis distincts (CDF, MR, résidu cdH) pour une même sensibilité politique, n’est-ce pas un peu trop ? L’électeur ne va-t-il pas y perdre son latin ?

Les forces politiques qui ont quitté le PSC et le cdH sont aujourd’hui morcelées, éparpillées. La question de leur éventuel regroupement, dans un souci de cohérence et de lisibilité des choix pour l’électeur, doit être posée.

Position du CDF

Dans l’optique d’une nouvelle ouverture aux « chrétiens », mais aussi pour éviter de s’affaiblir par rapport aux socialistes, le MR a lancé successivement des ‘appels’ en vue de constituer un pôle réformateur (juillet 2003), puis un pôle centriste (pour Bruxelles - octobre) et plus récemment un pôle des libertés.. Le Conseil politique du CDF avait, en octobre dernier, marqué son intérêt pour l’appel de D. Ducarme à un pôle centriste, dans le cadre d’un cartel. Depuis lors, les événements ont pris une nouvelle tournure. L’hypothèse du cartel s’éloigne, car le MR ne voudra pas rajouter à la confusion. En revanche, conscient de la nécessité de rassembler les forces ex-PSC, R. Fournaux a annoncé qu’il préparait une proposition et un document de travail à l’intention tant du MCC de Gérard Deprez que du CDF. Des contacts exploratoires ont lieu en ce moment afin de savoir s’il est possible de concerter une éventuelle ligne commune entre ces différentes ‘mouvances’ et de les regrouper dans un même nouveau parti. Nos conditions pour y adhérer sont de deux ordres : d’une part, que notre Manifeste fondateur s’y retrouve pour l’essentiel, d’autre part que le C soit présent dans le sigle de cet éventuel nouveau parti à créer aux côtés du PRL et du FDF. Le C dans le sigle sera en effet le signe tangible que le courant social chrétien pourra être pleinement reconnu par les deux autres partis. C’est la condition même de notre coexistence avec d’autres au sein d’un même pôle, conçu dans le cadre  non d’une fusion-absorption, mais d’une véritable addition des différences. C’est aussi la condition pour que notre spécificité, notamment en matière éthique, ait pleinement droit de cité et d’expression au sein d’un tel regroupement. De son côté, notre Manifeste fondateur préconise  le respect de la vie, la dignité de la personne, les priorités éducatives et familiales, le respect de la pluralité des réseaux de soins de santé, d’enseignement et culturels, une  économie de liberté et de responsabilité au service de l’homme, la solidarité et l’attention aux plus démunis, le principe de subsidiarité qui fonde la reconnaissance du secteur associatif et non-marchand, la défense de la Belgique comme Etat fédéral et de la monarchie comme garante de l’unité nationale, ainsi qu’une citoyenneté fondée sur l’égalité des droits et des devoirs.

Le CDF est bien résolu à ne pas abandonner son combat politique. A l’heure actuelle, nous nous présenterons seuls aux élections de juin. Et nous continuons de nous construire activement. Mais si les conditions devaient être réunies –nous le saurons dans quelques jours - pour constituer avec d’autres un parti chrétien sur des bases plus larges, disposant de moyens plus efficaces pour réaliser nos objectifs, il serait alors difficile de justifier la poursuite d’un combat solitaire. En effet, un tel choix ne se justifierait que si nous étions les seuls à affirmer clairement l’identité chrétienne qui nous est chère ainsi que le projet politique que nous avons élaboré. Il aurait moins de pertinence s’il n’était fondé que sur le seul refus de toute association avec d’autres. ou s’il était « doublé » par un autre parti en tous points similaire au nôtre. En revanche, si nos deux  exigences  (C et Manifeste) ne pouvaient être rencontrées, alors nous n’hésiterons pas un instant à poursuivre notre combat en solo ! Et nous aurons les meilleurs arguments politiques pour le faire ! A vous tous, je demande de rester profondément unis dans cette entreprise audacieuse et difficile, mais qui se veut aussi réfléchie et réaliste. Je le répète : nous nous présenterons seuls aux élections de juin prochain pour défendre notre projet. Si une proposition alternative, d’association avec d’autres, devait se concrétiser dans les prochains jours, nous sommes prêts à l’examiner sérieusement, et si elle nous parait crédible, nous vous en ferons part et vous consulterons avant toute décision.

Dans la confiance, la fidélité et l’action
Benoît Veldekens

Président du CDF

(c) CDF - 2004.