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26.10.2002 I Article I A02/006
Wallonie : une hirondelle ne fait pas le printemps
Courrier de la Bourse : Tribune libre du 26 septembre 2002
Nos responsables wallons se sont récemment félicités de lamélioration de certains indices économiques. En 2000, on a en effet constaté un recul de 2% du chômage au sens large sexpliquant par un taux de croissance de 4% de léconomie belge. Malheureusement, la conjoncture belge sest fortement ralentie en 2001 et continue à se dégrader.
Ne nous trompons pas, cette embellie conjoncturelle ne traduit en rien une amélioration structurelle de léconomie wallonne. Quelques chiffres suffisent pour sen rendre compte. Lemploi salarié au cours des quinze dernières années y a diminué de 5,3%. Cette évolution négative sest aggravée du fait que lemploi salarié dans le secteur privé ne représente plus aujourdhui que 61% de lemploi salarié total, soit un recul de quatre points par rapport à 1981. Le taux demploi au 30 juin 1999 sélevait à seulement 44,2%, contre 60,8% pour la région voisine de Maastricht et 69,9% pour la région de Stockholm. Nous sommes ainsi relégués en queue du peloton des régions européennes (66ème sur 80).
Il ne faut donc pas sétonner que ce faible taux demploi se reflète dans le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant. En Wallonie, il sélevait à peine à quelques 17.000 euros (685.000 bef) en 1997 (55ème place) à comparer à 38.000 euros (1.530.000 bef) pour la région de Hambourg (1ère place). Or, ne loublions pas, la Wallonie était, à la fin du 19 ème siècle, la deuxième puissance industrielle du monde.
Il nest dès lors pas étonnant quau 30 juin 1999, le taux de chômage en Wallonie sélevait à 13,3% (68ème rang) contre 3,1% dans la région de Maastricht (4ème place), la palme étant détenue par la région dÄland en Finlande avec un taux de 2,1%. Fin 2000, le nombre de chômeurs au sens large sélevait en Wallonie à 280.000, soit une augmentation de 3,8% par rapport à 1995. Les jeunes de moins de 25 ans constituent la catégorie la plus touchée avec 37,4%. Pour lensemble des régions européennes, seuls une région en Espagne, les départements doutre-mer français et les cinq régions du Sud de lItalie dont la Sardaigne et la Sicile font moins bien que nous.
On regreterra quune statistique très importante ne soit pas disponible. Il sagit de la durée moyenne du chômage qui est un paramètre essentiel de la mesure de la gravité du chômage. Il faut savoir quaux Etats-Unis, cette durée moyenne est de 16 semaines. En Wallonie, en labsence dune telle statistique, un calcul sommaire permet de présumer quelle dépasse deux ans.
Pour les Chrétiens Démocrates Francophones (CDF), ces chiffres sont très préoccupants et portent en eux les germes dun séisme social et politique si la confiance en lavenir nest pas rapidement rétablie. Il nest, en effet, pas tenable à terme quune partie aussi importante de la population, en particulier des jeunes, ne soient pas intégrés dans la vie productive. Comme le dit Dominique Schnapper, sociologue française de réputation mondiale, « lobjectif dune bonne société est que chacun puisse trouver sa place en étant bien dans sa peau: sinsérer dans la société, en tirer de quoi vivre de façon digne, être reconnu par elle. Actuellement , la conjugaison de ces trois impératifs continue à prendre la forme dun emploi et passe par léconomie marchande ou salariale ».
Or, cest très loin dêtre le cas en Wallonie et lampleur du défi est énorme. Il faudrait au minimum 30 milliards deuros dinvestissements privés additionnels pour y créer les conditions dune réduction du chômage au niveau frictionnel de 3%, et cela pour autant que lon dispose de la main duvre qualifiée.
Comment attirer ces investissements ? Dans notre pays, les régions ne disposent pas à elles seules de tous les instruments de politique économique. Les politiques fiscale et para-fiscale sont du ressort de lEtat fédéral et sont seules susceptibles de réduire le coût du travail et daméliorer la rentabilité de linvestissement. A cet égard, dans un contexte de fiscalité et de charges sociales très élevées, force est de constater que la position concurrentielle de la Belgique vis-à-vis de ses trois principaux pays voisins sest à nouveau déteriorée au cours des cinq dernières années.
Malheureusement, nous ne pouvons ignorer que nous opérons dans des conditions budgétaires qui ne nous laissent que très peu de marge de manuvre. Nous navons donc dautre choix, si nous voulons redonner confiance en lavenir aux jeunes générations, que de faire preuve daudace et dinventivité, de briser de nombreux tabous pour relancer notre machine économique et la remettre sur le chemin dune spirale vertueuse caractérisée par la croissance, la réduction du coût du travail et l augmentation de lemploi.
On regrettera que les politiques régionales, en particulier dans le cadre du contrat davenir, mais aussi les politiques fédérales, soient trop timides face à lampleur et à la nature des défis auquel nous sommes confrontés.
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