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16.04.2005 I Assemblée générale I Bruxelles I D05/001
Assemblée générale des membres du CDF
Discours de clotûre du Président Benoît Veldekens
Chers membres et amis du CDF,
Nous voilà au terme de notre assemblée générale. Elle signe pour notre parti un nouveau dynamisme, une relance ! Je vous remercie tous dêtre ici pour nous encourager, nous soutenir, prendre activement part à la construction lente, parfois douloureuse, mais indispensable de notre parti. Certes, les temps sont durs. Les deux échéances électorales, de 2003 et 2004, ne nous ont pas donné de représentation dans les assemblées parlementaires, malgré les efforts exceptionnels que nous avons fournis. Quà cela ne tienne, le moment nest pas venu de désespérer, mais au contraire de tenir notre route avec patience, fermeté et courage. Ne sommes-nous pas, en effet, témoins dune espérance unique et irremplaçable ?
Nous avons ouvert aujourdhui le débat sur la ligne politique que nous nous engageons à suivre dans la perspective de la prochaine échéance électorale, doctobre 2006. Nous avons fait le pari audacieux de maintenir le CDF comme parti politique, et non comme un simple mouvement dopinion ou un quelconque groupe dinfluence. Or, un parti ne peut exister ni survivre que sil se donne un solide ancrage local qui lui servira de fondation. A défaut, il aura beau sappeler parti, il ne serait jamais dans les faits quun simple lobby.
Pour être un parti politique à part entière, nous avons un urgent besoin de candidats qui, ici encore, oseront choisir de sengager personnellement dans la course électorale de 2006. Celle-ci doit se préparer très activement dès aujourdhui. Or, sachez-le, aucune élection ne demande un effort personnel plus déterminé, une plus grande disponibilité, un engagement plus total de chacun et de chacune, quune élection communale. Car il ne suffit pas de mettre son nom sur une liste, il faut encore se faire connaître et rendre des services à la collectivité locale par dautres biais, associatifs notamment. Certains sy sont déjà pleinement engagés, et nous les félicitons. Mais nous devons être plus nombreux! Cest pourquoi, je lance ici un nouvel appel à toutes les bonnes volontés décidées à sinvestir dans leur commune. Nous serons là pour les aider, les former, les encourager ! Mais, de grâce, entendez cet appel, répondez-y, cest le moment de nous rappeler le célèbre «nayez pas peur, avancez au large» de notre défunt Pape.
Je voudrais aussi appeler chacun et chacune à faire preuve de lesprit constructif qui nous est indispensable pour consolider, avec force et dans le temps, le projet politique qui nous tient tous à coeur.
Je veux inscrire lavenir du CDF dans le réalisme constructif. Et régler leur sort à deux négations qui menacent notre survie même : le défaitisme de ceux qui sont tentés dabandonner et le jusquau boutisme exalté de ceux qui choisissent lutopie et les faux espoirs.
A ceux qui nous ont quitté, nous disant que les dés étaient jetés, que jamais nous ne pourrions atteindre nos objectifs, quil faut désormais se tourner vers des partis représentés dans les assemblées et disposant des leviers politiques, je réponds : oui, mais quel parti ? Dans quelle autre formation politique pourrez-vous servir encore lidéal qui nous habite ? Ne croyez-vous pas quil vous sera de moins en moins possible, que bientôt il ne vous sera plus possible de pouvoir affirmer vos convictions intimes dans le champ public et politique et den déployer tout le dynamisme au profit des générations futures ? Nous ne sommes peut-être quun fétu de paille, une très petite graine despérance, mais il nous appartient de lui donner les meilleures chances de grandir. Et lorsque jévoque les partis en place, jai mes doutes. La Belgique francophone est sous domination socialiste et cède petit à petit au syndrome du parti unique. Tout y devient, sinon permis, à tout le moins excusable, même lorsque le deuxième personnage du Royaume se permet dinterférer directement dans la sphère des juges, au mépris de la séparation des pouvoirs dont il (je devrais dire elle) est censée se porter garante dans lexercice de ses hautes fonctions. Anecdotique, me direz-vous ? Peut-être, mais révélateur dune évolution subreptice de la démocratie qui, si lon ny prend garde, pourrait un jour savérer fatale. Sachant par ailleurs que notre pays ne se donnera même pas la peine de consulter les citoyens sur le nouveau traité européen ! Dans ce contexte, notre résistance de «petit parti démocratique» a une grande signification, bien plus grande que ce que nous représentons réellement. Oui, nous voulons, sans désemparer, servir la démocratie, lui redonner de la vitalité, élargir loffre politique aujourdhui en voie dappauvrissement. Le cdH nest-il pas en voie de devenir un simple acolyte du PS ? Le MR, de son côté, sait-il encore ce quil veut? Quand lun des siens fustige labsence dune réelle volonté politique pour « sortir la Wallonie du rouge» et quil se fait tancer par son propre parti, pourtant dans lopposition à la Région, on est en droit de se demander si le MR est encore en mesure doffrir aux électeurs non socialistes une véritable alternative politique ? Bien dautres thèmes pourraient être évoqués, qui nous laissent sur notre faim : le fameux contrat stratégique pour lenseignement, annoncé en grandes pompes et à grands frais de marketing politique, si touffu et embrouillé que les enseignants eux-mêmes ne semblent pas vraiment comprendre où on veut les conduire. Pour nous, un enseignement de qualité passe par une autonomie pédagogique accrue, par une confiance renouvelée dans les enseignants et par une revalorisation de la formation générale.
Aujourdhui, on parle dun second contrat stratégique, plus réduit, et mieux phasé certes, mais limité à quelques mesures mineures. Je pourrais encore évoquer, au niveau fédéral, laccord interprofessionnel dune grande pauvreté (on y présente comme flexibilité du travail loctroi de quelques heures supplémentaires et on accorde en échange une norme salariale largement supérieure à la croissance !), une atténuation de la pression fiscale qui se fait toujours attendre, une économie trop faible, et un Etat divisé qui semble bien incapable de prendre les mesures qui simposent pour affronter le périlleux problème du vieillissement de la population, lequel risque bien de plomber notre avenir, celui de la Sécurité sociale et notre prospérité à moyen terme. Une stratégie de Lisbonne qui promettait de faire de lUnion européenne léconomie la plus performante au monde dici 2010 et dont les objectifs, à mi-parcours, sont revus à la baisse à tel point quils semblent aujourdhui vidés de toute véritable consistance. Manifestement, dans bien des domaines, on est en panne ou sur le point de lêtre. Qui offre lalternative, qui propose «autre chose» ? Et pouvons-nous nous désintéresser de ces questions (débattues ce matin au sein de notre atelier « questions politiques ») quil nous incombe plutôt dapprofondir avec une nouvelle créativité? Car cest peut-être cela, notre vocation : développer une nouvelle créativité dans un monde qui semble accuser un lourd déficit didées. Là encore, je lance un appel à ceux que ce défi tente et qui peuvent mettre à notre disposition leur expérience, leurs capacités intellectuelles, leur expertise sur lun ou lautre sujet. Car, de même quune entreprise nexiste et ne peut croître quen fonction de la qualité du «produit» quelle commercialise, premier critère de réussite entre tous, de même un parti politique ne peut se développer et sattirer de nouvelles adhésions que sil se montre capable de proposer un message politique neuf et de qualité. Cette nouvelle créativité sinscrit dans ce que jappelle le réalisme constructif !
Car, si labandon ou le défaitisme est une négation, le jusquau-boutisme exalté, qui cultive lutopie et entretient de faux espoirs, en est un autre.
A ceux qui nous disent: quà cela ne tienne, tant pis pour ceux qui nous quittent, la réussite est à portée de mains, il suffit dy croire, tous les obstacles peuvent être surmontés si nous le voulons, je réponds : attention, ne cédons pas à la tentation du tout-en-avant irréfléchi, ne tombons pas dans une vision infantilisante de lélectorat. Un électorat un peu naïf, malléable et influençable à merci quil nous suffirait de convaincre ou de charmer, un peu à la manière du joueur de flûtes de la vieille légende germanique ! A qui il suffirait de dire «voilà qui nous sommes et ce que nous voulons », pour quils nous répondent aussitôt « ah, on ne savait pas, mais maintenant que vous nous le dites, nous réalisons que cest exactement ce que nous recherchions ». Ne cédons pas davantage à la tentation réactionnaire et négativiste, au «tous pourris sauf nous », en exploitant le ras-le-bol de la politique et en appelant un électorat marginal à reporter sur le CDF un vote de protestation. Là encore, il sagit dune négation dont nous devons nous départir. En effet, aucune stratégie ne peut être efficace si elle ne sappuie sur une bonne connaissance de lenvironnement politique et électoral dans lequel elle doit impérativement sinscrire, Sur la planète Utopie, tout est en effet toujours possible, les obstacles seront tous surmontés et peuvent toujours lêtre ! Aveuglement funeste qui ne peut conduire quà des frustrations et exaspérations internes qui, à leur tour, peuvent auto-détruire notre projet politique.
Cest pourquoi, je propose résolument de nous inscrire dans le réalisme constructif.
Oui, les temps sont durs pour le CDF. Mais, à linverse des deux années précédentes, nous avons aujourdhui un précieux atout, à savoir que nous ne sommes plus en campagne électorale et que, dès lors, nous disposons de davantage de temps. Cest un grand bienfait, une grande chance à saisir. Car, si nous sommes réellement disposés à travailler dans lesprit le plus constructif, en nous y mettant tous, alors il nous sera possible, non seulement de développer notre ancrage local pour renforcer nos fondations et cela prend du temps -, mais encore dapprofondir notre doctrine politique, nos positions politiques et la créativité de nos idées et cela aussi prend du temps -, sans oublier le réseau naissant des liens européens que nous tissons au sein de lECPM. Car, ne loublions pas : malgré de puissants stabilisateurs, les partis en place peuvent à un moment donné se fragmenter, se recomposer. Certes, nul ne peut le prédire, mais nul ne peut davantage lexclure. Or, si le système sessouffle, ou présente des failles, si les circonstances ouvrent des brèches, de nouvelles possibilités de rebond politique pourraient se présenter pour le CDF. Et nous devons y être préparés ! Par ailleurs, avec des élus communaux en 2006, nous pourrions épingler nos premiers succès électoraux et représenter une crédibilité, une force, une attractivité bien plus grandes, dans la perspective notamment des échéances électorales qui suivront (dès 2007).
Enfin, je ne saurais assez insister: ce qui nous rassemble dans lesprit fondateur du CDF, cest la référence à un idéal deux fois millénaire. Cette spécificité chrétienne, nous sommes les seuls à la défendre encore parmi lensemble des partis francophones. Personne ne peut nous lenlever, ni ne semble dailleurs vouloir nous lenlever ! A cet égard, permettez-moi de terminer par un témoignage peu connu, qui appartient à lHistoire encore récente. Nous célébrons cette année en effet le soixantième anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale. Dans mes lectures sur cet horrible épisode qua été le nazisme, je me suis interrogé: quont fait les chrétiens, chez nous, en Allemagne ? Comment ont-ils réagi ? Comment a-t-il même été possible que, sur les quelques plus hauts dirigeants condamnés et pendus suite au procès de Nuremberg, il y en ait eu au moins trois qui se soient déclarés catholiques pratiquants et qui létaient? Comment ont-ils pu réconcilier leur foi avec leur engagement au service dun régime aussi criminel ? Et comment aurions réagi, nous, si nous avions été confrontés à de telles situations ? En passant, jobserve que ceux qui nous ressassent aujourdhui le refrain de la nécessaire séparation entre foi (ou religion) et politique, sont souvent les premiers à dénoncer une certaine passivité de lEglise et des autorités religieuses face à ce phénomène strictement politique quétait le nazisme ! Singulière contradiction ! Mais jai découvert un épisode tragique, peu connu, mais qui, comme chrétien, ma réconforté. Il sagit de la contestation dun petit groupe détudiants catholiques de lUniversité de Munich. En pleine guerre, ils avaient fondé une feuille clandestine, la Rose Blanche, appelant à la résistance au nazisme au nom de leurs convictions chrétiennes les plus intimes et les plus profondes. Quel extraordinaire courage, sachant dans quel environnement de peur, de délation et de terreur ils ont osé choisir ! Je les cite : «Il faut tout essayer ! Notre conduite prouvera que la liberté de lhomme subsiste. Nous devons clairement oser dire non à cette puissance qui, non contente déliminer tous ses adversaires, sen prend à ce que lhomme a de plus profond et de plus sacré. Personne ne peut nous décharger de cette responsabilité ». Parmi eux, Hans Scholl, 24 ans, et sa soeur Sophie, 21 ans, dont les parents ont ultérieurement rapporté le témoignage suivant «Pour eux, les paroles de lEcriture Sainte avaient pris une signification nouvelle, une actualité exceptionnelle ! Dans lenfer du nazisme, Sophie avait parfois limpression de ne plus rien comprendre à lunivers, devenu comme une vaste espace abandonné de Dieu. . . Chaque jour qui se terminait était un cadeau de la vie, et chaque nuit apportait linquiétude du lendemain. Parfois ils étaient lun et lautre gagnés par la tentation dabandonner cette action difficile, dangereuse, et dêtre à nouveau libres et insouciants. Il y avait des moments où leur devoir leur semblait vraiment surhumain, et ils perdaient courage. Il ne leur restait alors plus dautre recours que de rentrer en eux-mêmes et découter cette voix intérieure qui leur disait : vous avez raison, persévérez même si tous vous abandonnent... ». Dénoncés, arrêtés, ils furent tous deux, avec dautres, exécutés le 22 février 1943 dans un témoignage héroïque de leur foi. Lui avait, juste avant, écrit sur les murs de sa cellule cette phrase de Goethe : «braver toutes les forces contraires ! »
Certes, les époques ne sont pas comparables et nous ne sommes, Dieu merci, pas confrontés à de tels cas de conscience et de courage. Mais quelle splendide témoignage que celui de cette poignée de jeunes qui, au prix de leur vie, ont osé affirmer et assumer avec la plus extrême détermination, et à contre-courant, leur appartenance chrétienne dans la sphère politique. Ils nétaient quun grain de sable dans la course folle de lHistoire. Et aujourdhui peu sont ceux qui sen souviennent encore ! Mais, si la société a changé, leur idéal et leur témoignage demeurent. Et ils demeurent à travers tous ceux qui, dans dautres contextes et comme nous tous ici présents, veulent en prendre le relais et, à leur tour, témoigner du même engagement et des mêmes convictions.
Des convictions qui, loin de nous diviser, doivent nous unir profondément!
Benoît Veldekens
Président du CDF
Le 16 avril 2005
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