CDF - Chrétiens Démocrates Francophones

DISCOURS


30.11.2002 I Congrès fondateur I Namur I D02/002
Discours de présentation du manifeste lors du Congrès fondateur


Xavier MULLER
Vice-président


Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Le 18 mai dernier, le PSC cessait d’exister. Après avoir milité en son sein jusqu’au dernier moment pour la défense des convictions auxquelles nous croyons, deux possibilités s’offraient à nous :
ß soit nous résigner au discours dominant selon lequel les valeurs auxquelles nous sommes attachés sont aujourd’hui dépassées et doivent être relativisées. Nous devions alors renier ce que nous avions défendu pour suivre la mode…
ß Soit au contraire retourner aux sources de notre idéal politique d’inspiration chrétienne et nous interroger sur la façon de le transmettre de façon différente à un monde qui a effectivement changé.

Dans la première hypothèse, le fond de notre engagement devait être sacrifié sur l’autel de l’électoralisme ; dans la seconde nous devions sacrifier la forme de notre action politique au sein d’un parti traditionnel pour chercher à en préserver le fond.
Entre la forme et le fond, nous avons osé choisir. C’est ainsi que nous avons créé le CDF le 19 mai. Nous étions 7 fondateurs. Un grain de sable disaient alors ceux qui ne reconnaissaient déjà plus un grain de sénevé : 6 mois plus tard, nous avons déjà multiplié par 200 le nombre de nos membres, parce que vous aussi vous avez osé choisir !
Pour la sympathie, les encouragements et le soutien témoignés depuis le lancement du CDF et qui vont chaque jour s’amplifiant : merci et bravo !


« Ce que nous sommes »
Comme son nom l’indique, le CDF, c’est avant tout un parti chrétien, démocrate, francophone. Je commencerai donc par présenter ces trois lettres, qui expliquent « Ce que nous sommes » :

ÿ Chrétiens
Nous sommes tout d’abord chrétiens car nous fondons notre action politique sur les valeurs de l’Évangile. Cela ne signifie nullement que nous soyons un parti confessionnel ou que nous confondions la religion et la politique. En effet, nous ne défendons pas une foi ou un credo, mais uniquement les valeurs liées à notre foi et explicitées dans l’enseignement social chrétien. La foi donne à ces valeurs un enracinement et une portée plus large que celle de l’horizon politique. Mais ces valeurs ont leur autonomie par rapport à la foi. Il n’est donc pas nécessaire d’être chrétien, ni même croyant pour les partager. Voilà pourquoi tous ceux qui partagent les valeurs que résume le sigle « chrétien » sont pleinement à leur place au CDF.
Le CDF entend ainsi conjuguer deux conceptions fortes de l’identité et de l’ouverture. En reprenant le « C », nous nous engageons à rester fidèles aux principes de l’enseignement social chrétien. Voilà pour l’identité. Mais en même temps, le CDF est pleinement ouvert à tous ceux qui partagent cet idéal, quelles que soient leurs convictions personnelles. C’est la dimension d’ouverture.

ÿ Démocrates
Le CDF est un parti chrétien ; il est aussi un parti démocrate.
Car notre projet politique est fondé sur la reconnaissance de l’égale dignité de tous les êtres humains : le seul fait d’être un homme doit l’emporter sur toute distinction entre les hommes. Le CDF estime donc que chacun mérite une attention particulière, à commencer par les plus faibles. En ce sens, tout notre projet politique est orienté vers la recherche du bien commun que nous distinguons de l’intérêt général. L’intérêt du plus grand nombre ne peut en effet justifier que soit porté atteinte à la dignité d’un seul être humain, fût-il le plus misérable ou le plus affaibli.

ÿ Francophones
Le CDF est enfin un parti francophone, au sens où nous entendons maintenir la référence chrétienne dans le paysage politique des deux côtés de la frontière linguistique belge, comme c’est le cas aussi dans d’autres pays d’Europe. Le « C » reste donc présent tant en Flandre, avec le CD&V, qu’en Wallonie (communauté germanophone comprise), avec le CDF. Notre « F » est donc celui d’un fédéralisme d’union qui cherche à favoriser la bonne entente fédérale et l’appartenance à un même pays. Ici encore, l’identité et l’ouverture, loin de s’opposer, sont appelées à se conjuguer.

« Ce que nous croyons »
Je vous ai présenté il y a un instant la lettre « C » comme l’emblème des valeurs que nous défendons. J’en viens donc maintenant à vous exposer brièvement ces valeurs et ces principes que nous avons définis dans un manifeste intitulé « Ce que nous croyons », que beaucoup d’entre vous connaissent sans doute déjà.
Je prends soin toutefois de préciser que ce manifeste définit les lignes de force de notre philosophie politique, mais ne constitue pas encore un programme politique. Celui-ci fera l’objet d’un second travail, que nous intitulerons « Ce que nous voulons », et que nous mènerons et entamerons avec vous dès les ateliers qui auront lieu tout à l’heure.
J’en profite au passage pour remercier Dominique Harmel et Paul de Valensart Schoenmakers avec lesquels nous avons rédigé ce manifeste. Les journées de travail passées ensemble comptent sans nul doute parmi les plus passionnantes que peut offrir une aventure comme la nôtre. Je remercie aussi tous les membres du Conseil politique du CDF qui se sont étroitement associés à cette réflexion.
Notre manifeste est articulé autour de 7 points qui répondent à une logique dans laquelle la personne humaine et son épanouissement servent de fil conducteur. On reconnaîtra donc là l’inspiration profondément personnaliste sur laquelle est construite notre projet. Le premier point s’intitule précisément « primauté de la personne ».

1. Primauté de la personne
Le fondement de notre projet politique, c’est la dignité de la personne humaine. Le respect de cette dignité implique notamment de miser sur la vie, de la conception à la mort naturelle, ainsi que le refus de toute chosification ou instrumentalisation de l’être humain.
Le respect de la dignité humaine implique aussi le refus de toute forme de dégradation de l’être humain. On ne peut être chrétien sans avoir comme préoccupation première la situation des plus démunis et des plus pauvres de notre société, qu’il s’agisse de pauvreté matérielle ou humaine, morale ou spirituelle. Notre volonté politique est donc celle d’un monde dans lequel tous les hommes puissent être debout.

2. La famille
Fondé sur la dignité de l’être humain, notre manifeste se décline ensuite en suivant la croissance et l’épanouissement de la personne. C’est pourquoi notre deuxième point est tout naturellement la famille.
Fondée sur l’engagement de fidélité d’un homme et d’une femme, la famille constitue pour nous le socle de la société. Nous voulons donc œuvrer à la promotion d’une véritable politique familiale qui donne à la famille la place que l’immense majorité des citoyens lui accorde dans les multiples sondages d’opinion : la première place.
Trop de parents se plaignent aujourd’hui de ne pouvoir consacrer à leur famille le temps et l’énergie que requiert son épanouissement. Trop de situations de précarité sociale trouvent leur origine dans la fragilité de la vie familiale. Nous pensons donc que la mise en place d’une authentique politique familiale permettrait de prévenir l’émergence de ces situations que les politiques sociales classiques s’efforcent de guérir. En d’autres termes, nous pensons ici aussi que prévenir vaut mieux que guérir.

3. L’éducation et l’enseignement
Après la famille, la valeur d’une société repose sur la qualité de l’éducation et de l’enseignement qu’elle dispense. A cet égard, nous déplorons que l’approche politique de la question scolaire soit presque toujours systématiquement réduite à une question de gros sous. Sans nier que l’école soit confrontée à des difficultés financières, nous pensons néanmoins que là n’est pas l’essentiel des problèmes de l’enseignement. Nous souhaitons donc engager un nouveau débat sur l’école, sur sons sens, sur ses missions, sur la philosophie de l’éducation qui l’anime. Que l’on parle donc un peu moins d’argent, mais que l’on parle davantage de pédagogie et d’éducation : pour nous, c’est là que se situent les vraies questions.

4. Le monde du travail et de l’économie
Sortie de l’école, la personne devenue adulte s’épanouit, au-delà de ses engagements familiaux, à travers ses engagements professionnels.
Notre vision du monde du travail et de l’économie repose sur la conviction que les mécanismes du marché sont les plus efficaces pour réguler la productions des biens et services. Nous misons donc sur la liberté d’entreprise.
Cela ne signifie nullement que les valeurs matérielles priment sur d'autres valeurs ni que la recherche du profit individuel suffise à garantir un juste marché. Si nous défendons l’économie de marché, nous nous opposons donc fermement à toute philosophie libertaire, individualiste ou matérialiste. Car un marché fondé sur de tels principes ne peut subsister : tôt ou tard il dérape pour aboutir au chaos. Nous pensons donc que le marché ne permet la prospérité qu’à la condition d’être ancré sur un certain nombre de valeurs qui balisent la liberté et lui permette ainsi d’être un marché juste, réellement au service de l’homme.
En résumé : oui à l’économie de marché au service de l’homme, non à l’asservissement de l’homme à la tyrannie du profit.

5. Le rôle de l’État
Notre vision du rôle de l’État est étroitement associée à cette vision du monde de l’économie et de la vie en société. Elle repose toute entière sur un des principe clé de l’enseignement social chrétien : le principe de subsidiarité. Celui-ci garantit que les niveaux de responsabilité et d’autorité soient situés le plus près possible du citoyen et privilégient l’initiative privée partout où elle se révèle plus efficace que l’intervention des pouvoirs publics.
Le rôle de l’État consiste donc avant tout à déterminer et à préserver le cadre dans lequel doivent se développer les activités humaines. Ceci vise tout d’abord le maintien de la paix civile, ainsi que des conditions de justice économique et sociales nécessaires au fonctionnement d’un marché équitable. Il appartient ensuite à l’État de remplir, avec le maximum d’efficience, les missions de service public que l’initiative privée ne peut assurer efficacement.

6. La Belgique au cœur de l’Europe et du monde
Au-delà de la famille et de nos engagements professionnels et associatifs, nous participons aussi à la construction d’une communauté plus large, celle de la Belgique, au cœur de l’Europe et du monde.
Ardents défenseurs de la Belgique comme État fédéral et de la monarchie comme garante de l’unité nationale, nous considérons que cet attachement à notre pays, loin d’être un repli sur soi, est au contraire le gage d’une intégration européenne harmonieuse. Nous plaidons donc pour une intégration européenne riche de l’addition des différences ainsi que pour la construction d’une société internationale dans laquelle l’Europe puisse définir l’identité qui est la sienne et qui s’enracine dans son histoire, sa culture et son héritage, notamment chrétien.
Plus largement, nous entendons aussi aborder les problèmes liés à la mondialisation et aux migrations. Notre volonté à cet égard est de privilégier une action volontariste en matière de coopération, en vue de s’attaquer aux causes des phénomènes migratoires et de permettre aux pays du Sud de connaître une paix et un développement durable. Nous estimons que cette condition est nécessaire pour justifier la fermeté que nous devons par ailleurs maintenir sur nos frontières.

7. La responsabilité citoyenne
Enfin, notre manifeste se conclut par un appel à la responsabilité politique et citoyenne.
Cette éthique de la responsabilité que nous voulons promouvoir signifie que chacun est à la fois sujet de droits mais aussi de devoirs à l’égard de la collectivité. Nous souhaitons donc réhabiliter la notion de civisme en insistant sur le fait que tout droit va toujours de pair avec un devoir.
Cette exigence de responsabilité, nous nous l’adressons d’abord à nous-même. Car en reprenant le « C », nous n’avons pas choisi la voie de la facilité. Etre chrétien implique en effet le respect d’un certain nombre de principes éthiques. Le « C » apparaît ainsi pour nos membres et nos électeurs comme un gage de bonne conduite politique sur lequel vous pourrez toujours interpeller les mandataires du CDF.
Mais cette exigence de responsabilité citoyenne, nous nous permettons de vous l’adresser à vous aussi. Pour tous ceux qui partagent nos valeurs, les campagnes électorales de 2003 et 2004 seront en effet un moment unique où il sera possible de soutenir un parti politique qui enfin ose rompre avec le politiquement correct pour proposer un programme qui soit en parfait accord avec l’enseignement social chrétien. Cette occasion, nous ne pouvons pas la laisser passer ! Or cela relève de la responsabilité de chacun d’entre nous.
Car nous pouvons construire en ce nouveau siècle une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de liberté. Or, si nous pouvons le faire, nous devons le faire. Ensemble, nous le ferons !

CDF - 2002.